Farbkreise: Alles andere als graue Theorie

Les cercles chromatiques : tout sauf une théorie abstraite

Bon, on le sait tous : les couleurs primaires, c'est le rouge, le jaune et le bleu. On l'apprend dès notre première boîte de peinture à l'école primaire : à partir de ces couleurs, on peut mélanger toutes les autres : les verts, les violets et les nuances d'orange, et avec du noir et du blanc de tube, on rend ces nuances plus foncées ou plus claires.

Tout le monde ? Bon, alors essayons de mélanger du rouge et du bleu pour obtenir le rouge (ou plutôt, pour être exact, le magenta) utilisé par un grand groupe de télécommunications. En fait, c'est impossible.

Et puis, c'est quoi, au juste, LA couleur bleue ? LE rouge ? LE jaune ? Pourquoi les ombres sont-elles toujours d'un bleu si intense quand il neige ? Et pourquoi l'encre noire devient-elle colorée quand on la dilue ?

Tôt ou tard, tous ceux qui y regardent de près et qui peignent ou dessinent en couleur – peut-être même dans le cadre de leur métier – se posent ce genre de questions et plein d’autres (parfois carrément banales). Et là où il y a la pratique, la théorie n’est jamais loin – voire plusieurs, dans ce cas précis : depuis des siècles, scientifiques et artistes se penchent sur la théorie des couleurs et de la perception – et n’hésitent pas à débattre de la véritable…

Cercles chromatiques

Isaac Newton a été le premier à démontrer que la lumière blanche est composée de lumières de différentes couleurs : pour ça, il a fait passer la lumière blanche à travers un prisme et a observé les couleurs de l'arc-en-ciel. Il a aussi mis au point un cercle chromatique qui est toujours utilisé aujourd'hui.

Newton

Cent ans plus tard, Johann Wolfgang von Goethe voyait les choses tout à fait différemment et a élaboré une théorie – fondée moins sur la science que sur la perception subjective – qu’il a considérée, jusqu’à un âge avancé, comme plus importante que ses œuvres littéraires. Lui aussi a créé un cercle chromatique dans lequel il associait chaque couleur à des sentiments et des sensations. (Voici une reproduction de son aquarelle.)

Goethe

Aussi fascinante que fût et soit encore l'idée d'associer les couleurs à des états d'esprit, d'un point de vue strictement scientifique, la théorie de Goethe allait bientôt s'avérer fausse. La découverte, à peu près contemporaine, en 1801, selon laquelle la lumière (et donc chaque couleur de la lumière) est de nature ondulatoire, a tout de même confirmé l’affirmation un peu désemparée de Démocrite, datant d’environ 500 av. J.-C. : « Ce n’est qu’en apparence qu’une chose a une couleur, ce n’est qu’en apparence qu’elle est douce ou amère ; en réalité, il n’y a que des atomes dans l’espace vide. »
C'est d'ailleurs sur ces travaux et ceux de Newton que repose la distinction, toujours d'actualité, entre le mélange additif des couleurs (lorsqu'on mélange de la lumière colorée) et le mélange soustractif des couleurs (en peinture, en dessin et en impression).

C'est d'ailleurs à une époque plus récente qu'on a trouvé la réponse à la question : parmi tous ces rouges, bleus et jaunes, lesquels sont vraiment LE rouge, LE bleu et LE jaune ? La réponse est la suivante : presque tout le monde perçoit la même nuance bien précise comme la couleur qui mérite le plus ce nom.

Johannes Itten (1888 – 1967), professeur au Bauhaus, s'est donné pour mission de rendre la théorie (ou les théories) des couleurs compréhensible et applicable dans la pratique grâce à son livre « L'art de la couleur ». Et bien sûr, il a lui aussi créé son propre cercle chromatique.

Itten

Il y a une chose que tous ces cercles ont en commun : le jaune pur et le violet mélangé s'opposent toujours, le vert obtenu en mélangeant le jaune et le bleu et le rouge pur s'opposent tout autant que le bleu et l'orange (mélangé). Et le fait que ce soit ainsi peut vraiment t'aider en peinture et au dessin en couleur. Car les couleurs complémentaires respectives se mélangent toujours pour former un gris qui n’est justement pas simplement un noir éclairci.

(Ce qui est d'ailleurs particulièrement visible avec l'encre noire des stylos à plume : contrairement à l'encre pigmentée « noir véritable » qui coûte cher, elle est généralement obtenue en mélangeant des pigments foncés de couleurs complémentaires. Tu peux le constater en laissant tremper un bout de papier dans un verre d'encre et en attendant.)

Encre_petite

Si tu connais et utilises les principes de base de la théorie des couleurs, tu peux les utiliser de manière bien plus vivante et ciblée. Et de façon plus économique : trois tubes de tempera (bleu cyan, rouge magenta et jaune) suffisent pour peindre un tableau avec toutes les couleurs imaginables. Même s'il s'agit d'une image aussi triste qu'un accident de la circulation impliquant des canards.
Petite tempera

En effet, ces teintes sont les trois couleurs primaires pures qu'on utilise aussi en impression tramée. Le noir ne sert alors plus qu'à ajouter de la profondeur et de l'obscurité ou, en termes techniques, à soustraire complètement la réflexion de la lumière (voir ci-dessus)

Vu sous cet angle, ces cercles colorés issus de la science ne sont donc pas une théorie abstraite : ils nous aident à comprendre ce qu'on est en train de faire quand on peint.

Rédaction : Neuland
Illustration/photos : Thies Thiessen
(Cercles chromatiques via Wikipédia)
Retour au blog